Aretha Franklin; l’incontournable reinede la Soul, est morte

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Fille du gospel devenue reine de la soul avec les tubes Respect et Think, Aretha Franklin est décédé jeudi à 76 ans. Son parcours vers la lumière et l’émancipation se confond avec celui des femmes noires aux Etats-Unis

Son dernier concert a eu lieu à Philadelphie en août 2017. Peu après, en novembre à New York, Aretha Franklin est apparue une dernière fois en public visiblement malade et épuisée au gala de la Fondation Elton John pour le sida. Hospitalisée à plusieurs reprises depuis, la diva soul n’a jamais officiellement confirmé l’information selon laquelle elle luttait contre un cancer du pancréas depuis 2010. Elle se cachait moins d’avoir combattu l’obésité, et rappelait fièrement avoir rendu service à sa voix en arrêtant de fumer dès 1991. Depuis dix ans déjà, un jour affaiblie et le suivant ragaillardie, elle revenait quoiqu’il en soit sur le devant de la scène, comme ce jour de 2014 où elle a offert à la Maison-Blanche un live sautillant et au bord de la transe sur le cantique Amazing Grace. Dans l’émission The Late Show, la même année, elle a repris avec panache le Rolling in the Deepde l’anglaise Adele.

Première au Rock and Roll Hall of Fame

Le 13 août dernier, c’est le journaliste ami de sa famille Roger Friedman qui a publiquement attesté de la gravité de son état, et de son hospitalisation à Detroit, où elle résidait le plus souvent et dont elle s’éloignait rarement, étant phobique des avions. « Sa famille demande au public de prier et de respecter son intimité », avait-il sobrement ajouté. D’autres sources annonçaient qu’elle recevait des soins palliatifs depuis déjà une semaine. Le soir même, le 13 août, Jay Z et Beyonce ont dédié leur concert de Detroit à la Reine de la Soul. Jesse Jackson et Stevie Wonder se sont rendus à son chevet le 15 août.

Un demi-siècle durant, Aretha Franklin a été une, sinon LA légende vivante de la musique américaine. Une force, une nature, classée dès 1968 en seconde position des personnalités afro-américaines les plus connues dans le monde après Martin Luther King. Plus récemment, le magazine Rolling Stone l’a désignée première au classement des meilleurs chanteurs de tous les temps. Son pays l’a couverte d’honneurs. Première femme à entrer au Rock and Roll Hall of Fame en 1987, elle a aussi reçu en 2005 la Médaille présidentielle de la liberté en 2005 des mains de George Bush Jr. En janvier 2009, pour l’investiture de Barack Obama, la First lady of Soul vient interpréter à Washington l’hymne patriotique My Country, Tis of Thee. En mondovision, elle tire les larmes du premier président noir, fan invétéré parmi tant d’autres.

Les traits de son visage étaient bonhomme et sa voix puissante limite incendiaire, capable d’envolées rageuses et de notes célestes à fleur de peau, passant du cri impérieux à la caresse divine. Elle suscitera pour longtemps encore la transe en boîte de nuit comme à l’église, et vice-versa. Gospel, soul, funk, rythm and blues et jazz, Aretha Franklin embrasse tout à l’instinct y compris le rock et la pop. Elle en tire chaque fois une alchimie personnelle, une rythmique tranchante qui fiche souvent la pêche, et donne parfois le frisson. Un mix de force et de souplesse qu’elle savait revendiquer avec une pointe d’orgueil et d’attitude. « Je suis une vocaliste versatile, car c’est ainsi qu’un chanteur doit être », déclara-t-elle au magazine Time en 1998.

Enfance musicale, versatilité vocale

Native de Memphis en 1942, enfant vive, heureuse et garçon manqué selon ses dires, la chanteuse grandit dans un environnement profondément religieux en plus d’être éminemment musical et citoyen. Sa mère Barbara Siggers Franklin, chanteuse pianiste gospel, décède l’année de ses dix ans. Son père est le révérend C.L. Franklin, pasteur baptiste itinérant qui dès les années 40 grave sur disque des dizaines de sermons, chante et milite pour les droits civiques. Surnommé Million-Dollar Voice, ce séducteur ne reniant pas les plaisirs terrestres est une célébrité des églises noires. Ami de Martin Luther King, il est lié par l’église du dimanche à de bons génies du jazz, Art Tatum, Dinah Washington, Dorethy Donegan…

Proches aussi, les vedettes gospel Mahalia Jackson et Clara Ward sont les guides artistiques et marraines attentionnées des enfants Franklin. A dix ans, l’aînée Aretha tourne avec la Franklin Gospel Caravan orchestrée par son père. Deux ans plus tard, elle est vedette de choeur et à quatorze ans, elle enregistre son premier album Songs of Faith, disque gospel semé de louanges à Dieu. Sur la pochette on la découvre assise à son piano dans une petite robe noire. Elle a à peine dix-sept ans quand, déjà mère deux fois, Aretha Franklin quitte l’école. Sur le conseil de son ami Sam Cooke, elle s’éloigne du gospel pur, s’en va à New York cultiver son ouverture au rythm’n’blues, au jazz, à la pop qui s’en vient.

En 1961, repérée par John Hammond (le découvreur de Billie Holiday et de Bob Dylan), elle sort chez Columbia l’album Aretha. Son single bien nommé Won’t Be Long fait connaître son magnétisme vocal. Elle est déjà « queen of soul » pour certains, mais il lui faut attendre 1967 pour rencontrer le succès, armée d’un son plus chaud et plus généreux concocté avec le label Atlantic Records et son producteur Jerry Wexler. Les chansons You make me feel (like a natural woman), I never Loved a Man et Baby I Love You, la rendent immensément populaire. L’incontournable Respect emprunté à Otis Redding est réarrangé par ses soins. Elle lui confère son muscle funk et sa force de manifeste féministe. C’est la consécration, le tube des tubes. Elle reprend Satisfaction des Stones en ouverture de son live à l’Olympia à Paris.

Suivent dès 1968, les indispensables Chain of FoolsThinkI Say A Little Prayer, chaque fois des hymnes à la liberté, aux droits civiques, au courage des femmes. Elle fait la couverture de Time et découvre comment la presse la plus sérieuse, inspirée par l’intensité de ses chansons, peut exagérer ses états et sentiments privés. Elle est alors mère de quatre fils, Clarence et Edward Franklin nés de père inconnu, Ted White Jr qu’elle a eu avec son mari et manager des années 60, et bientôt de Kecalf Cunningham, fils de son amant.

Symbole et trésor national

Aretha Franklin marque une première parenthèse en 1969-70. Elle retourne à sa vie de « lady next door », tient à préciser dans les interviews qu’elle aime aussi faire son repassage et ses carreaux elle-même. Qu’importe, son retour avec le concert et le disque Live At Fillmore avec Ray Charles, est triomphal. De même le live Amazing Grace enregistré dans un temple à Watts (Los Angeles) avec son père et filmé par Sidney Pollack. Ses fourrures, ses coiffures démentes, ses robes de princesse soul parfois cousues de ses mains, sont toujours sensationnelles ou dernier cri. Au fil des années 70, alors que d’autres « queens » s’imposent (Donna Summer, Gloria Gaynor, Diana Ross), la grande sœur Aretha donne des concerts de légende, collabore avec des producteurs cotés dont Quincy Jones,Curtis Mayfield, George Benson, Luther Vandross.

En 1982, le film The Blues Brothers la relance dans le rôle d’une serveuse qui ne s’en laisse pas conter et chantant Think. Elle est alors remariée à l’acteur Glynn Turman. Elle traverse aussi des drames personnels comme le décès de son père, après cinq ans passés dans le coma suite à une agression à son domicile.

Produits avec le label Arista à partir de 1980, ses albums apparaissent plus standardisés, marqués par des collaborations avec Elton John, Whitney Houston ou George Michael. Elle s’adapte aux années M.T.V. et en tire quelques succès comme Freeway to Love ou Sisters are doin’ it for themselves en duo avec le binôme anglais Eurythmics. Depuis, elle reste au firmament et elle se permet tout, comme la reprise du titre dance A Deeper love en 1994, l’année où elle reçoit un Grammy Award pour l’ensemble de sa carrière (elle en aura eu 18, dont 11 de la meilleure vocaliste r’n’b, un record). Elle revendique ses incursions rap et hip-hop dans l’album A Rose is Still a Rose (1998), fait des apparitions rares et réglées à la télé au côté d’autres divas, Céline Dion, Mariah Carey, Gloria Estefan, Shania Twain, John Legend. Authentique trésor national, elle ravive à chacune de ses apparitions la conscience du passé nord-américain, la lutte pour les droits civiques, le long chemin de l’émancipation des femmes noires depuis Bessie Smith jusqu’à Erikah Badu, de l’emblématique résistante Rosa Parks jusqu’à Oprah Winfrey, la milliardaire du petit écran.

Lorsque Barack Obama accède au pouvoir, sa légende de Queen of Soul revient naturellement à la page, universelle. Ses albums tardifs n’en sont pas moins raillés par les puristes et critiques qui n’y trouvent que peu d’inspiration musicale, dénoncent leur dimension commerciale et leurs arrangements prévisibles. Rien n’y fait, son glorieux passé et ses magiques performances (Respect, Think, Amazing Grace et tant d’autres, pour la plupart créées dans les années 60 et 70) font l’histoire. Avec elles, Aretha reste au top devant l’Eternel, s’impose au rang des influences essentielles de foules d’artistes en Amérique et dans le monde. Au cinéma, un biopic de son fabuleux destin a été annoncé début 2018 avec Jennifer Hudson dans le rôle. Amazing Grace, le documentaire mythique de Sidney Pollack, tourné en 1972 à Watts mais finalisé après la mort du réalisateur en 2008, reste à découvrir. Il n’a été vu qu’au festival de Toronto en 2015. Franklin en a fait interdire la diffusion, arguant que cette dernière violerait ses droits à la propriété intellectuelle et à l’image…

Source :

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Nizar Ben Halilou

Manager Of Radio Smash & Music Producer l Whatsapp & Phone : +33 6 09 94 50 03 l

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